Saint-Etienne : «Les Roms ne vont pas se volatiliser»

Publié le par resistance-roms.over-blog.com

Saint-Etienne : «Les Roms ne vont pas se volatiliser»

publié le 10.08.2010 04h00

Hier matin, les Roms étaient autorisés à récupérer leurs affaires sous l'œil de la police municipale / Rémy Perrin

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Pour le collectif de soutien, l'expulsion « ne règle pas le problème ». Et alors que la traque se poursuit, la préfecture prévient que d'autres squats sont menacés


Les Roms expulsés ont passé la nuit de dimanche à lundi dehors. Une quarantaine étaient sur la place de la mairie, à quelques mètres d'une municipalité qui ne veut plus entendre parler d'eux (1). Les autres étaient éparpillés à travers la ville, qui dans un parc, qui dans un local désaffecté…

Hier matin, ils avaient l'autorisation de récupérer les affaires leur appartenant sur le terrain de Montmartre. Des membres du collectif de soutien aux Roms leur ont prêté main-forte. L'un a mis un garage à disposition pour stocker des meubles. Un autre souligne : « De toute façon, ils ne peuvent pas transporter grand-chose sur eux, comme ils se déplacent sans cesse… ».

L'évacuation des matelas ou des canapés se fait sous l'œil des policiers municipaux, un peu tendus : « Vous ne me filmez pas, s'il vous plaît », dit un policier à une caméra de télévision. Côté Roms, la tension est aussi palpable : « Laissez-moi tranquille », dit l'un fermement. « Je ne veux pas parler ».

Les seuls qui acceptent de s'exprimer sont les membres du collectif : « L'Etat croit que cette expulsion va tout régler, mais non » déclare Marie-Pierre Manevy. « Les Roms ne vont pas se volatiliser du jour au lendemain ». Car si certains ont accepté l'offre de retour au pays de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), la majorité ne veut toujours pas entendre parler de cette issue.

Alors le jeu de cache-cache avec la police se poursuit. Et la préfecture ne désespère pas que la pression exercée porte ses fruits. « D'ici la fin de la semaine, d'autres familles devraient accepter de retourner en Roumanie » nous déclarait hier après-midi le secrétaire général Patrick Férin. Pour celles qui feront ce choix, le retour se fera par avion, en coordination avec les autorités roumaines.

« Le problème, résume Marie-Pierre Manevy, c'est que, au plus haut niveau, on a décidé de faire de Saint-Etienne un exemple ». Ce qui sous-entend que l'opération, menée aussi sur le terrain médiatique, n'a pas le droit d'échouer.

Hier soir, les membres du collectif devaient se réunir pour réfléchir aux solutions envisageables « mais aussi pour dénoncer la dérive sécuritaire de ce gouvernement » ajoute Georges Gunther. « Si on ne réagit pas vivement à cette expulsion, que va-t-il se passer par la suite ? ».

La suite, justement, ça risque bien d'être d'autres expulsions. Car si Montmartre était le principal squat de la ville, il n'était pas le seul (même si les autres sont moins visibles car de taille plus modeste). « D'autres évacuations auront lieu dès lors que la justice aura donné son feu vert » précise Patrick Férin. Plusieurs dizaines d'autres Roms sont sous la menace.

Jean-Hugues Allard

(1) Nous avons tenté de joindre un élu, hier, en vain.

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