Roms: Sarkozy imite Berlusconi

Publié le par resistance-roms.over-blog.com

Roms: Sarkozy imite Berlusconi

Régis Soubrouillard - Marianne | Vendredi 6 Août 2010 à 05:01 | Lu 3915 fois


Suite aux événements de Saint-Aignan, Nicolas Sarkozy a ajouté la question Rom à la liste ses priorités en matière de sécurité. Il n'a rien inventé: à l'automne 2007, en Italie, après un meurtre commis par un tsigane roumain, le gouvernement Prodi avait mis en oeuvre le même type de mesures que celles envisagées par le gouvernement. Avant que Berlusconi n'en fasse une exploitation politique. Sans résultats, sinon électoraux...



Roms: Sarkozy imite Berlusconi
Un sinistre fait divers — l’assassinat d’une jeune fille dans un train, par un jeune tsigane roumain. Quelques jours plus tard, un groupe d’italiens blessent à l’arme blanche trois membres de la communauté rom. Les incidents se multiplient. Surfant sur l’émotion, le gouvernement adopte un décret-loi qui permet l'expulsion de ressortissants roumains, citoyens de l'Union européenne. Présence des forces de l’ordre, évacuations et fichages des Roms se succèdent sur tout le territoire.

Ces faits se sont déroulés en Italie, à l’automne 2007, occasionnant plusieurs jours de tensions entre Rome — et Bucarest. Une situation qui ressemble à s’y méprendre aux événements récemment survenus en France.
Qualifié à l’époque par l’Express de « pare feu dressé à la hâte pour étouffer l’émotion populaire», le texte permet l’expulsion de citoyens de l’Union européenne, majeurs et résidant depuis moins de dix ans en Italie, pour des motifs de «sécurité publique».

Ministre de l’intérieur du gouvernement Prodi (centre gauche), Giuliano Amato, explique alors au journal La Repubblica que c’est pour éviter les débordements de xénophobie, « ce tigre qui risque de sortir de sa cage », que le gouvernement italien a décidé d’agir vite et fort.
Pour la première fois en Italie, quelques 3 000 tziganes manifestent à Rome pour dénoncer, précisément, la «xénophobie» dont ils se sentent victimes à travers cette loi. En avril 2008, la campagne de Berlusconi reposera largement sur les questions sécuritaires. Il Cavaliere remportera les élections législatives. Suite à plusieurs incidents, notamment des cas d'incendie de campements, les eurodéputés dénonceront la politique italienne, rappelant à Berlusconi son devoir de respecter l'Etat de droit et les règlementations européennes. 

Les roms, symboles d'une europe sans nations

En septembre 2008, les Roms sont encore au cœur de l’actualité quand l’UE organise à Bruxelles le premier sommet européen sur les Roms. Des peuples itinérants, sans Etat, symboles romantiques d’une Europe sans nations, victimes d’un rejet séculaire, de persécutions historiques, et de discriminations ethniques de plus en plus fortes du seul fait de leur nomadisme et d’un mode de vie qui dérange autant le pouvoir que le peuple. La presse européenne qui s'emballe, par ailleurs, à chaque fait divers, en fera une présentation largement angélique. Courrier International y consacrera même un dossier: « les roms ou l'âme de l'Europe ».
 

L’arbre de la discrimination doit-il pour autant cacher la forêt de la non-intégration et des dérives qui l’accompagnent ?

Secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Pierre Lellouche évoque une augmentation de 140% de la délinquance des roms, chaque année, depuis 2007: « très peu d’entre eux cherchent à s’insérer malgré les dispositifs d’insertion et beaucoup sont organisés dans des réseaux de délinquance. Par spécialité suivant leur région d’origine : distributeurs de billets, vols, cambriolages, mendicité agressive, trafics, prostitution. Et ils vivent dans des conditions inacceptables. Rien qu’en Seine-Saint-Denis, il y a 62 camps. Au nom de la stigmatisation d’une communauté, il ne faut pas se voiler la face ». Sarkozy n'en a pas augmenté, pour autant, les moyens de l'Office central de lutte contre la délinquance itinérante.

Une aide à l'aller-retour ?

Si les clichés ont la vie dure, la réalité est tenace. Les études disponibles montrent que les expériences de scolarisation d’enfants Roms sont rarement positives. Le chemin de l’école est souvent un « parcours du combattant » mais la scolarisation n'est pas forcément considérée comme une priorité par les familles.
L’aspect le plus délicat est concerne évidemment la délinquance juvénile. La direction régionale de la police des transports (DRPT) a procédé ainsi l'année dernière à 2 500 interpellations de jeunes femmes qui détroussent les usagers et les touristes en Ile-de-France.

D'où la tentation, à laquelle a cédé Nicolas Sarkozy, de faire des Roms des bouc-émissaires. C'est ce qui s'est passé pour Saint-Aignan : les Roms n'ont strictement rien à voir avec ces incidents, dont les protagonistes sont des gitans. Et pourtant, c'est bien eux que vise le dispositif annoncé par le président. Alors même que l’exemple italien relativise amplement l’efficacité de cette politique du bâton: la plupart des roms italiens ne sont en réalité pas expulsables et parmi les nombreuses mesures annoncées en 2008, seuls le recensement des roms et la fermeture de certains campements ont été menées à bien.

La France pourrait bien se trouver confrontée aux mêmes difficultés. Paris a bien obtenu la nomination le 31 juillet dernier d’un ministre chargé de la réinsertion des Roms, après avoir menacé la Roumanie de bloquer son adhésion à l'espace Schengen, prévue en 2011. Mais le dossier le plus délicat reste l’expulsion des mineurs délinquants. Et dans ce domaine, les initiatives italiennes ont toutes été repoussées par le Parlement européen. En France, 8 000 Roumains, en majorité roms ont été «aidés» pour rentrer en Roumanie en 2009. Paris paie le billet d’avion et donne 300 euros par personne, pour leur «réinsertion ». Une aide au retour qui se transforme souvent en billet «aller-retour ». On estime que près de 2/3 des Roms expulsés sont déjà revenus.

Une fois de plus, Nicolas Sarkozy a donc choisi de privilégier l'effet d'annonce. Ce qui le dispense d'agir. Et même de réfléchir à des vraies solutions.

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