Roms : «L'intégration revient aux États, pas à l'Europe»

Publié le par resistance-roms.over-blog.com

Roms : «L'intégration revient aux États, pas à l'Europe»

Mots clés : Roms, intégration, EUROPE

Par Thomas Vampouille
26/08/2010 | Mise à jour : 18:12
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INTERVIEW - Paris a appelé mardi la Commission européenne à accentuer les efforts communautaires pour l'intégration des Roms. Or Bruxelles remplit sa part du travail, c'est aux États de mettre en œuvre ces politiques, explique au figaro.fr Virginie Guiraudon, chercheuse en science politique au CNRS.

 

Virginie Guiraudon, chercheuse au CNRS, est spécialiste des questions d'intégration européenne.
Virginie Guiraudon, chercheuse au CNRS, est spécialiste des questions d'intégration européenne.

LEFIGARO.FR. - Qu'entend-on par «politique européenne d'intégration», que réclament aujourd'hui pour les Roms Paris et Bucarest ?

Virginie GUIRAUDON. - Il n'y a pas de politique européenne d'intégration en tant que telle, tout simplement parce qu'il n'y a pas de compétence européenne sur l'intégration. La Commission avait bien tenté, en 1985, de proposer des mesures sur ce sujet, par exemple l'amélioration de l'accès aux droits des résidents étrangers. Mais plusieurs États - dont la France - ont alors immédiatement saisi la Cour européenne de justice pour garder leur compétence sur cette question. Celle-ci leur a donné raison: l'intégration est une compétence nationale. Pour qu'elle devienne européenne, il faudrait une révision des traités.

Pourquoi le gouvernement français, qui ne peut pas l'ignorer, s'en remet-il à l'Europe ?

C'est le classique renvoi de balle entre l'Union européenne et ses États-membres. Mais s'en remettre à l'Europe sur ce sujet, c'est oublier que l'intégration est intimement liée à l'histoire de chaque pays : on ne s'intègre pas de la même manière en Grande-Bretagne qu'en France. L'Europe ne peut pas englober toutes ces particularités nationales dans une seule politique.

L'Union européenne est-elle donc impuissante en la matière ?

La Commission, quand elle a été sollicitée en 2008 par le Parlement européen sur la question de l'intégration des Roms, a répondu à raison qu'il existait déjà des outils, législatifs et financiers, pour agir.

D'abord, depuis l'adoption en 1997 de l'article 13 du traité d'Amsterdam, les États-membres ont l'obligation de prendre des mesures contre les discriminations raciales. Quand ils ne le font pas, l'Europe peut les rappeler à l'ordre. Ainsi en 2007, la Cour européenne des droits de l'homme a rendu un arrêt condamnant la République tchèque pour discrimination systémique vis-à-vis des Roms, dont elle envoyait les enfants dans des écoles spéciales destinées aux handicapés mentaux.

Sur le plan financier ensuite, Bruxelles peut débloquer des fonds pour des projets ponctuels en faveur des Roms : c'est ce qu'elle a fait depuis 2008, notamment en matière d'éducation. Enfin, elle rend compte dans ses rapports des progrès réalisés. L'Europe remplit donc sa part du travail mais la mise en œuvre concrète de ces politiques revient aux États. C'est une affaire de volonté politique de leur part.

De quels outils disposent les États européens en matière de lutte contre les discriminations ?

Une directive européenne de 2000 oblige les États-membres à créer une instance de lutte contre les discriminations, manière de décentraliser les droits de l'homme. En France, c'est la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) qui est chargée d'appliquer ce droit européen : elle n'a fait aucun communiqué sur la question des Roms cet été. Est-ce parce que cet organisme est en train de mourir, ou parce que sa nouvelle présidente, Jeannette Bougrab, est marquée politiquement ? En tout cas, la Halde n'a pas réagi et c'est très inquiétant. Par le passé, elle avait pourtant déjà émis des avis sur les gens du voyage. Aujourd'hui, c'est à elle de monter au créneau, plutôt qu'à la Commission européenne.

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http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/08/26/01016-20100826ARTFIG00505-roms-l-integration-est-l-affaire-des-etats-pas-de-l-europe.php

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Dominique LAURENT 27/08/2010 13:22


Que les états se préoccupent de l'intégration me paraît logique.
Mais dans le cas de migrations à l'intérieur même de l'Europe, il faut mettre en place une collaboration entre tous les états de l'Europe. Je ne connais pas très bien les habitudes des Roms
d'Europe de l'est avant la secoonde guerre mondiale.
La première fois que l'on m'a présenté un papier sur lequel était écrit : "je suis une réfugiée roumaine, donnez-moi de l'argent pour manger", je m'en souviens très bien, c'est la première fois où
je suis allée à Bourg en Bresse et c'était en 1980. En plein régime Ceauscescu, ça m'avait étonnée.
En réalité, on ne pose pas la question essentielle : les Roms souhaitent-ils être sédentarisés ? Si oui, les politiques à mettre en oeuvre sont assez simples.
Si parmi eux certains souhaitent continuer à mener une vie nomade, quelles solutions peut-on trouver pour une cohabitation harmonieuse ?