ROMS, GITANS, TSIGANES, MANOUCHES Un peuple errant, maudit des hommes

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ROMS, GITANS, TSIGANES, MANOUCHES
Un peuple errant, maudit des hommes
05 Août 2010 - Page : 10
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Roms, Gitans, Tsiganes, Manouches: les éternels boucs émissaires

«Je me suis pâmé, il y a huit jours, devant un campement de Bohémiens qui s’étaient établis à Rouen....L’admirable est qu’ils excitaient la haine des bourgeois, bien qu’inoffensifs comme des moutons. Cette haine-là tient à quelque chose de très profond et de très complexe. C’est la haine que l’on porte au bédouin, au philosophe, au poète et il y a de la peur dans cette haine. Moi qui suis toujours pour les minorités, elle m’exaspère.»
Gustave Flaubert, (lettre à George Sand)

Le 25 juillet un Conseil des ministres en France a décidé le démantèlement de la moitié des camps illégaux de Roms d’ici trois mois. La semaine d’avant, des gens du voyage, armés de haches, avaient vandalisé des bâtiments. Ils protestaient contre la mort d’un des leurs, abattu par un policier; tollé des biens-pensants qui interpellent le gouvernement. A première vue, on peut penser que cette mesure injuste va dans le sens d’une reprise en main musclée de la sécurité suite aux incidents ayant eu lieu lors d’échauffourées avec les gens du voyage. Une analyse fine montre en fait, que ce peuple, qui sous différentes dénominations se trouve dans la majorité des pays européens, (Turquie comprise) et en Amérique, a toujours été marginalisé et chaque pays a fait preuve d’imagination pour bouter hors de «son territoire» ces personnes infréquentables accusées de tous les maux de la terre.
La population mondiale des Roms est d’environ de 5,8 à 13 millions d’habitants répartis sur douze pays principaux européens dont la Turquie avec de 1 à 1,5 million. Leur religion est majoritairement religion locale (catholicisme, orthodoxie, Islam...) avec apports endogène. L’origine des Roms a été l’objet de tous les fantasmes. L’hypothèse indienne est l’hypothèse sur laquelle s’accordent la plupart des ethnologues dans l’Inde brahmanique. La distribution de leur groupe sanguin ABO est cohérente avec celle des castes guerrières du nord de l’Inde. En fait, une étude récemment publiée dans le magazine Nature suggère que les Roms sont apparentés aux Cinghalais du Sri-Lanka, eux aussi originaires de l’Inde. De l’Inde, certains de ces groupes migrèrent vers le plateau iranien et l’Asie centrale où on les appelle Kaoulis et Djâts. Les Roms parvinrent ainsi en Europe, en Anatolie et aux portes de l’Égypte. Tsiganoi parmi les Byzantins (d’où Tsiganes), Cingene parmi les Turcs, Les Roms pourraient donc avoir quitté le Nord de l’Inde autour de 1000 ap. J.-C., et avoir traversé ce qui est maintenant l’Afghanistan, l’Iran, l’Arménie, une grande partie du Caucase et la Turquie. L’immigration rom aux États-Unis commence avec la colonisation, avec de petits groupes en Virginie et en Louisiane. Au XXe siècle, les grandes vagues de migration cessèrent au moment de la Première Guerre mondiale. (1) On les trouve même en Afrique du Nord. En Algérie, les gitanos étaient en bonne intelligence avec le petit peuple indigène; les diseuses de bonne aventure côtoyaient nos mères. Bien plus tard, une chanson de Mouloudji «Mon pote le gitan» a marqué notre génération. On peut l’écouter au site suivant (2)

Le calvaire millénaire des Roms
Il est curieux de constater que le peuple rom, avec des dénominations diverses, selon le lieu et l’époque, a toujours fait l’objet d’ostracisme voire de persécution depuis plus d’un millénaire traversant les âges avec une égale abnégation en tenant à son identité que, notamment les pays européens ont essayé chacun à sa façon d’effacer. Le facteur mis en avant fait des Roms les responsables de tous les maux an nom de la sécurité.
Thomas Hammarberg, commissaire aux droits de l’Homme du Conseil de l’Europe, nous donne une description sans concession du calvaire des Roms: «Les divers groupes roms ont subi, en Europe, cinq cents ans de répression honteuse depuis qu’ils sont arrivés d’Inde au terme d’une longue migration. Les méthodes répressives étaient variées, allant de l’esclavage au massacre en passant par l’assimilation forcée, l’expulsion et l’internement. Les Roms étaient considérés comme peu fiables, dangereux, criminels et indésirables. Ils étaient ces étrangers dont on pouvait aisément faire des boucs émissaires lorsque les choses tournaient mal et que la population locale ne voulait pas en assumer la responsabilité. En France, dès 1666 Louis XIV décrète que tous les Bohémiens de sexe masculin doivent être arrêtés et envoyés aux galères sans procès. En Valachie et en Moldavie, les Roms vécurent dans la servitude pendant des siècles, jusqu’en 1855, date à laquelle les derniers esclaves roms furent enfin émancipés. En Espagne, un jour de 1749, plus de dix mille Roms furent arrêtés dans le cadre d’une action militaro-policière soigneusement planifiée. Selon un homme d’Eglise éminent qui conseillait le gouvernement, cette opération avait pour but "d’éradiquer cette sale race qui était odieuse à Dieu et pernicieuse à l’homme". (...) Au XVIIIe siècle, sous l’Empire austro-hongrois, les autorités appliquèrent une politique d’assimilation forcée. Les enfants roms furent retirés à leurs parents et l’on interdit aux Roms de se marier entre eux. (...) Au XXe siècle, les fascistes s’en prirent aussi aux Roms. En Italie fut publiée, en 1926, une circulaire qui ordonnait l’expulsion de tous les Roms étrangers.»(3)
«Dans l’Italie fasciste, les Roms furent ainsi en butte à des discriminations et à des persécutions. Nombre d’entre eux furent détenus dans des camps spéciaux; d’autres furent envoyés en Allemagne ou en Autriche et plus tard exterminés. En Roumanie, le régime fasciste de la "garde de fer" entreprit les déportations en 1942. Comme de nombreux Juifs, quelque 30.000 Roms furent déplacés en Transnistrie où ils connurent la faim, la maladie et la mort. Seule la moitié d’entre eux environ parvinrent à survivre aux deux années de privation extrême qu’ils endurèrent avant que la politique ne change.».(3)
«Seuls quelques milliers de Roms en Allemagne ont survécu à l’holocauste et aux camps de concentration. Ils ont eu énormément de mal à se construire une vie nouvelle, après avoir perdu tant de membres de leur famille et vu leurs biens détruits ou confisqués. En outre, nombre d’entre eux étaient en proie à la maladie. Or, justice ne fut pas rendue à ces survivants pendant la période post-hitlérienne. Au procès de Nuremberg, l’extermination massive des Roms ne retint pas l’attention, ce qui est significatif. Le génocide des Roms -Samudaripe ou Porrajmos - ne fut guère reconnu dans le discours officiel. Cette négation passive de la sinistre réalité ne pouvait hélas pas surprendre outre mesure les Roms eux-mêmes car, pendant des générations, ils avaient été traités comme un peuple dépourvu d’histoire. Les violations dont ils avaient (...) Un plan antérieur imaginé par les racistes nazis et visant à maintenir certains Roms "de race pure" dans une sorte de musée anthropologique fut oublié, tandis que d’autres Roms, en particulier des enfants, furent sélectionnés pour être soumis aux cruelles expériences médicales de Josef Mengele. Une politique de stérilisation forcée fut mise en oeuvre, souvent sans anesthésie.»(3)
«L’élimination systématique des Roms débuta pendant l’été 1941 lorsque les troupes allemandes attaquèrent l’Union soviétique. Ils étaient considérés comme des espions et furent fusillés en masse par l’armée allemande et les SS. En décembre 1942, le régime nazi décida de déporter à Auschwitz tous les Roms du "Reich allemand". Là, ils durent porter un triangle noir et se faire tatouer un Z sur le bras. De tous les détenus du camp, ils avaient le plus fort taux de mortalité: 19.300 d’entre eux y perdirent la vie. Sur ce nombre, 5600 furent gazés et 13.700 moururent de faim, de maladie ou à la suite d’expériences médicales pratiquées sur eux. On ne sait toujours pas combien de Roms au total furent victimes des persécutions nazies. (...) Selon les fiches d’information du Conseil de l’Europe, il est fort probable que ce nombre s’élève à au moins 250.000. D’après d’autres études crédibles, plus de 500.000 Roms perdirent la vie, et peut-être même beaucoup plus. (...)»(3)

La «Shoah des Tsiganes»
C’est, paradoxalement, la première moitié du XXe siècle, époque de libéralisation dans toute l’Europe, qui fut la plus dure pour les «gens du voyage». La répression du nomadisme se conjugue avec le succès des théories eugénistes sur la «protection de la race» dans les milieux scientifiques. En fait, les idées racistes de l’époque n’épargnaient aucun pays d’Europe. En Suède, pays neutre, les autorités avaient déjà, dans les années 1920, encouragé la mise en oeuvre d’un programme de stérilisation qui avait principalement pour cible les Roms (et qui s’est poursuivi jusque dans les années 1970). En Norvège aussi, des pressions s’exercèrent sur les Roms en vue de leur stérilisation. La Suisse et la Suède -pour citer deux démocraties considérées comme exemplaires- mettent en place une législation qui vise à détruire la culture tzigane, avec l’assentiment ou l’approbation d’une majorité de la société. En Suisse, le département fédéral de justice et police planifie en 1930 l’enlèvement des enfants sur dix ans. La fondation Pro-Juventute a déjà mis en application en 1926 l’opération «Les Enfants de la Grand-Route». Celle-ci enlève de force les enfants des Jenische (Tsiganes de Suisse) pour les placer et les rééduquer dans des familles d’accueil sédentaires, des orphelinats voire des asiles psychiatriques en tant que «dégénérés». Le docteur Alfred Siegfried, directeur des Enfants de la Grand-Route considère en effet les Jenische comme génétiquement menteurs et voleurs. Cette opération ne prend fin en Suisse qu’en 1972. Le terme tsigane le plus courant pour désigner ce génocide est Porrajmos, qui signifie littéralement dévoration. «Nés pour voler», titre l’hebdomadaire italien Panorama dans son numéro du 10 juillet 2008. «A peine sont-ils nés qu’on les dresse pour voler, détrousser, mendier. Et, s’ils n’obéissent pas, ce sont des coups et des violences», assène ce magazine. La Suède pratique une politique similaire jusqu’en 1975. La même Suède qui s’apitoie le 30 juillet après les décisions françaises d’expulsion et demande qu’on «s’occupe» des tsiganes...
Il faut cependant rapporter que certains pays tentent de rendre justice au peuple Rom en l’intégrant sans désintégrer son identité. «On peut citer, écrit Thomas Hammarberg, un bon exemple de comportement inverse; en 2003, le gouvernement de Bucarest a pris la décision de créer une commission sur l’holocauste qui a, ultérieurement, publié un important rapport sur la répression et les massacres en Roumanie pendant la période fasciste. L’histoire nous donne des leçons sur la façon de faire face à la montée actuelle de l’antitsiganisme dans certains pays.»(3)
On peut citer un deuxième exemple selon le témoignage d’une Commission de l’Assemblée parlementaire européenne. On lit: «La Commission voudrait signaler un projet exemplaire mené en Turquie en faveur des Roms. Le gouvernement turc a invité des représentants de la communauté rom à un échange de vues avec le ministre d’Etat, Faruk Celik, le Premier ministre de la Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a lancé le projet. Le 14 mars 2010, il a pris la parole devant 15.000 Roms invités à Istanbul de toutes les régions de la Turquie pour un rassemblement festif dans un stade. Cet événement festif a été marqué par de grandes manifestations de joie et d’appréciation mutuelle. Le but est d’améliorer considérablement les conditions de vie des Roms en Turquie et de changer la façon dont l’opinion publique perçoit les Roms. Le projet comportera des mesures concrètes pour renforcer les possibilités offertes aux Roms comme le transport scolaire gratuit, des aides spéciales pour les études et l’amélioration des conditions de logement ainsi que des initiatives visant à supprimer la discrimination à leur égard. C’est un projet unique en Europe. (...)»(4)
Le 26 juillet, Paris a appelé ses partenaires européens à veiller à la bonne intégration de leurs ressortissants roms. Le quotidien de Bucarest Adevarul dénonce le caractère discriminatoire de la politique proposée par la France. Sur fond de question tsigane, une fois de plus, l’Union européenne (UE) pointe un doigt accusateur sur la Roumanie. (...) L’Europe commence-t-elle à être perturbée par ces «réseaux de trafic d’enfants, de prostitution et de mendicité» mentionnés par Pierre Lellouche? Lellouche a encore clamé que les Etats européens étaient responsables des actes de leurs ressortissants, et que la Roumanie était donc la première responsable des actes des Roms de Roumanie, chargée de veiller à leur bonne intégration. Bon. Et maintenant, que voudrait ce monsieur? Rapatrier de force ceux qui sont partis? En vertu de quelle loi? Retenir de force en Roumanie ceux qui voudraient partir? En vertu de quelles réglementations? Les tsiganes roumains sont aussi européens que monsieur Lellouche, et ils jouissent du même droit à circuler librement au sein de l’Union. Ou alors, serait-il possible que, en quelque sorte, Pierre Lellouche nous exhorte à mener une politique de discrimination raciale? Si ces messieurs européens ne sont pas contents, ils auraient dû réfléchir à la question avant de nous intégrer dans l’Union européenne sans que nous y soyons vraiment préparés. Mais cela, c’est une autre histoire...(5)
Malgré toutes les misères subies, la majorité des Roms n’a toujours pas renoncé à sa culture ni à son mode de vie. La question que l’on peut se poser est la suivante: pourquoi ce peuple, qui a tant souffert depuis toujours et qui continue d’être ostracisé, n’a pas eu droit à la reconnaissance de son génocide, de sa shoah? Pourquoi n’a-t-il pas droit à des réparations? Pourquoi n’a-t-il pas un home et créé son propre Etat? On nous dit que l’Assemblée [du Conseil de l’Europe] encourage les Etats membres qui ne l’ont pas encore fait à présenter des excuses à la communauté rom pour les injustices et les souffrances qu’elle a endurées par le passé. «Est-ce un solde de tout compte pour des persécutions au quotidien et atemporelles?» Nous laissons Thomas Hammerberg conclure: «Le discours d’aujourd’hui contre les Roms est tout à fait semblable à celui qu’employaient les nazis et les fascistes avant que ne commence l’extermination de masse dans les années 1930 et 1940. On prétend à nouveau que les Roms sont une menace pour la sécurité et la santé publique. Aucune distinction n’est faite entre une poignée de délinquants et la majorité écrasante de la population rom. C’est une attitude honteuse et dangereuse.» Il a mille fois raison!

(*) Ecole nationale polytechnique

1.Roms: Un article de Wikipédia, l’Encyclopédie libre.
2.Site musique: http://www.frmusique.ru/texts/m/mouloudji_marcel/mouloudji.htm.
3.Thomas Hammarberg: «L’histoire honteuse de l’antitsiganisme en Europe est oubliée - et se répète» Site alterinfo 29 Juillet 2010
4La situation des Roms en Europe Doc. 12207 htpp//www. assembly.coe.int /Main.asp? link= / Documents/WorkingDocs/ Doc10 13 avril 2010
5.Adrian Halpert:Les tsiganes sont des Européens comme les autres Adevarul 29.07.2010

Pr Chems Eddine CHITOUR (*)

 

http://www.lexpressiondz.com/article/8/2010-08-05/79265.html

 

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