Roms et "gens du voyage" : briser l'engrenage de la violence

Publié le par resistance-roms.over-blog.com

Roms et "gens du voyage" : briser l'engrenage de la violence

Ces derniers mois, les Roms roumains et bulgares qui vivent en situation précaire dans les grandes villes françaises sont régulièrement pris pour cible dans les discours officiels. Après les déclarations du secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Pierre Lellouche, il y a cinq mois, c'est au tour du chef de l'Etat de mentionner, le 11 juin, l'"épineuse question des délinquants itinérants originaires de l'Est, notamment de Roumanie". Le 22 juillet, Nicolas Sarkozy dénonçait à nouveau les "problèmes que posent les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms".

 

A tort, et comme cela a déjà été souligné dans de nombreux articles et interventions, les plus hautes sphères de l'Etat font l'amalgame entre les migrants roms originaires d'Europe centrale et des Balkans et les "gens du voyage", citoyens français. Il faut manifestement le rappeler, le terme "gens du voyage" est une catégorie inventée par l'administration française au cours du XXe siècle pour désigner des populations françaises mal identifiées du fait de leur mode de vie itinérant (les Manouches, les Gitans, les forains, les Yéniches, etc.). De plus, il n'existe pas de recensement "ethnique" des populations en France, ce qui invalide de fait toute approche "ethnicisée" des faits de soi-disant délinquance et/ou de criminalité rapportés.

En définitive, les politiques répressives – car c'est bien de cela qu'il s'agit – actuellement en cours de construction et justifiées par les déclarations officielles, sont donc construites sur la base de faits divers comme les événements survenus ces derniers jours à Saint-Aignan, dans le Loir-et-Cher. Ainsi, on part de faits isolés concernant quelques individus pour décider une politique générale qui devrait s'appliquer à l'ensemble d'une communauté largement fantasmée. Ce qui est marquant dans ce dispositif, c'est que les déclarations tenues sur ces familles et ces groupes ont permis de réalimenter des pensées archaïques et racistes toujours prégnantes, à un point tel que plusieurs sites d'information ont dû fermer leurs forums.

L'Histoire montre que le déchaînement de la violence symbolique s'accompagne généralement de violences physiques à l'endroit des groupes désignés, et parfois au-delà. Dans un contexte de crise économique, sociale et politique, les Roms ont, à plusieurs reprises, servi d'exutoire au mécontentement populaire en Europe au cours des dernières années. A la suite de faits divers largement relayés par les pouvoirs publics et les médias italiens, des expéditions punitives ont été organisées dans les bidonvilles sommairement installés dans les périphéries de Naples et de Rome, tandis que des personnes étaient agressées ici et là. Un scénario similaire a pu être observé en Hongrie où la montée de l'anti-tsiganisme est un fait avéré. Il en va de même pour d'autres pays d'Europe centrale.

UNE AUGMENTATION SUBITE DES RÉACTIONS D'HOSTILITÉ

Aujourd'hui, la situation est-elle si différente en France ? Ces derniers temps, l'administration multiplie les actions à l'encontre de Roms et de "gens du voyage" : les préfets, manifestement sous pression, se sont lancés dans la course aux expulsions. D'une part, on assiste depuis deux mois à l'évacuation systématique des bidonvilles des immigrants roumains en région parisienne, en particulier en Seine-Saint-Denis. D'autre part, on s'attèle désormais à l'expulsion de "gens du voyage", une cible aisée en cette période estivale de rassemblements religieux tsiganes, par exemple à Mably. Enfin, on note ces derniers jours, au niveau local, une augmentation subite des réactions d'hostilité à l'égard de ces personnes dites "gens du voyage", et, cela va sans dire, une progression des sentiments de peur parmi ces derniers.

Sans doute, les pouvoirs en place sont-ils en partie responsables de cette situation ô combien dangereuse. Cependant, en commentant les propos tenus par le chef de l'Etat, les médias, les acteurs associatifs, les universitaires, etc., participent à la transformation d'un fait divers en problème public, en même temps qu'ils contribuent à l'ethnicisation du débat sécuritaire. Aussi peut-on penser qu'il est de notre responsabilité à tous – responsables politiques, journalistes, société civile, intellectuels et, plus largement citoyens – de briser, ou de tenter de briser, l'engrenage de la violence.

 

Céline Bergeon, Marie Bidet, Grégoire Cousin, Samuel Delépine, Régis Guyon, Olivier Legros, Martin Olivera, Vincent Ritz et Xavier Rothéa ; membres du réseau Urba-Rom.

Urba-Rom regroupe une centaine de chercheurs européens et vise en particulier à assurer une veille scientifique sur les questions liées aux politiques en direction des groupes dits "Roms-Tsiganes".

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