Quand les "gens du voyage" font déraper les politiques

Publié le par resistance-roms.over-blog.com

Quand les "gens du voyage" font déraper les politiques

Par LEXPRESS.fr, publié le 28/07/2010 à 15:00, mis à jour le 29/07/2010 à 11:00

Mal à l'aise avec cette "problématique" explosive, discutée mercredi à l'Elysée, les hommes politiques n'évitent pas toujours les maladresses, voire les dérapages. Florilège.

 

Quand le Président de la République, après le violences de Saint-Aignan, a évoqué "les comportements de certains parmi les gens du voyage et les Roms", le 21 juillet, il a provoqué un malaise certain.  

Le cliché des grosses cylindrées

Ce n'était pas une première pour Nicolas Sarkozy   , qui s'interrogeait en ces termes en juillet 2002, alors qu'il était ministre de l'Intérieur et s'exprimait devant la Commission des Lois de l'Assemblée Nationale: "Comment se fait-il que l'on voit dans certains de ces campements tant de si belles voitures, alors qu'il y a si peu de gens qui travaillent?"  

Le ministre de l'intérieur Brice Hortefeux   a repris la même antienne en annonçant, le 28 juillet, que 10 inspecteurs du fisc seraient chargés de "contrôler" les situations des personnes qui résident dans les camps, car "beaucoup de nos compatriotes sont à juste titre surpris en observant la cylindrée de certains véhicules qui traînent les caravanes".  

Le cliché des grosses voitures plaît décidément à l'UMP. Dominique Paillé   et Benoît Apparu   en ont remis une couche sur Europe 1: "Je me suis, comme beaucoup de compatriotes, interrogé quand je voyais d'énormes voitures tirer d'énormes caravanes alors même que les ressources des familles qui vivaient à l'intérieur étaient totalement inexistantes", s'interroge le porte-parole de l'UMP. Et le secrétaire d'Etat au Logement: "Dans ma commune de Chalons-sur-Marne, j'entends des gens me dire: ils ne déclarent aucun revenu et ils ont pourtant une grosse caravane tirée par une grosse voiture allemande."  

"Parfois même français"

Voulant préciser la pensée du président de la république, Luc Chatel   , porte-parole du gouvernement: "On a beau être rom, gens du voyage, parfois même français au sein de cette communauté, eh bien on doit respecter les lois de la République."  

"Gens du voyage" et délinquance

Frédéric Lefebvre   , porte-parole de l'UMP, rebondit lui sur le leitmotiv de la délinquance: "Nos compatriotes qui subissent des pics de délinquance dans les zones où sont installés ces campements savent, eux, parfaitement de quoi on parle".  

Le député UMP Jacques Myard   , souhaite quant-à lui "renouer avec une politique volontariste d'intégration et de sédentarisation", afin d'en finir avec le nomadisme et les dérives qu'il entraîne. Il considère, rappelant involontairement (?) les propos d'un ministre, que ce qui "pourrait être acceptable pour quelques caravanes devient vite insupportable lorsque l'on doit en accueillir plusieurs centaines".  

Christian Estrosi   n'est pas en reste. S'exprimant à l'occasion d'un meeting dans le Loiret pendant la campagne présidentielle en avril 2007, l'ancien ministre délégué à l'Aménagement du territoire et actuel ministre de l'Industrie, désignant par-dessus son épaule le camp des gens du voyage installés dans un champ derrière la salle municipale, disait les choses sans ambages: "Ces gens-là doivent rendre des comptes, expliquer d'où viennent leurs caravanes et leurs grosses voitures. Nicolas Sarkozy au pouvoir les fera tous contrôler et expulser."  

Paul Girot de Langlade   , alors préfet d'Indre-et-Loire, déclarait en novembre 2006 au quotidien La Nouvelle République du Centre qu'"il y en a trop sur le département. On a été trop laxistes pendant trop longtemps... Chacun sait que quand ils arrivent quelque part, il y a de la délinquance". Déjà, en octobre 2002, il avait affirmé qu'il n'avait "pas de tendresse particulière pour ces gens-là (...) Ils vivent à nos crochets, de la rapine aussi, tout le monde le sait". Il a pourtant fallu attendre un autre dérapage, en 2009, pour qu'il soit suspendu de ses fonctions après des propos racistes sur les Antillais à Orly.  

Tous ces amalgames ont d'ailleurs réussi à mettre en porte-à-faux jusqu'à des membre de la majorité, comme le rapporte Libération: "Les gens du voyage sont des citoyens français et les 'Roms' sont des étrangers", précise utilement Pierre Hérisson, auteur en 2008 d'un rapport sur "le stationnement des gens du voyage".  

 

http://www.lexpress.fr/actualite/politique/quand-les-gens-du-voyage-font-deraper-les-politiques_909172.html

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