La situation des Roms expulsés à Saint-Etienne "n'est pas réglée"

Publié le par resistance-roms.over-blog.com

La situation des Roms expulsés à Saint-Etienne "n'est pas réglée"


Au lendemain de leur expulsion, une trentaine de Roms s'apprêtaient samedi soir à dormir place de l'Hôtel de ville à Saint-Etienne. Une centaine d'autres auraient trouvé une place dans d'autres squats.
Le Monde.fr
Au lendemain de leur expulsion, une trentaine de Roms s'apprêtaient samedi soir à dormir place de l'Hôtel de ville à Saint-Etienne. Une centaine d'autres auraient trouvé une place dans d'autres squats.

Pour Brice Hortefeux la "promesse" est "tenue". Nicolas Sarkozy avait annoncé la fermeture dans les trois mois de près de 300 camps illicites de Roms en France. Son ministre de l'intérieur a donc salué celle qui a été présentée comme la première d'une longue série : l'expulsion d'un camp abritant une centaine de Roms roumains à Saint-Etienne, vendredi 6 août.

 

Mais au lendemain de l'expulsion, le problème n'est à l'évidence "pas réglé", dénoncent les associations de soutien. À peine a-t-il été déplacé.

Deux jours après l'expulsion, les militants qui viennent en aide aux Roms dénoncent le "coup de pub" du ministère et de la préfecture de la Loire. En conférence de presse vendredi, le préfet de la Loire a clairement affiché son désir de suivre les directives présidentielles, ajoutant qu'il "n'y a pas d'avenir en France pour les Roms en situation irrégulière". Mais pour le moment, ils restent dans les rues de Saint-Etienne et n'ont nullement envie d'en partir.

DIX EXPULSIONS DEPUIS JANVIER

De fait, une quarantaine d'entre-eux ont reçu un avis d'obligation de quitter le territoire français (OQTF). Dix-huit autres (dont huit enfants) ont demandé à bénéficier d'une aide au retour. Mais rien ne dit qu'ils ne reviendront pas ensuite sur le territoire français : appartenant à l'Union Européenne, rien ne le leur interdit à ce jour. De plus, les associations ont déjà prévu de déposer des recours contre les OQTF.

Les Roms installés à Saint-Etienne n'en sont pas à leur première expulsion. Celle de vendredi a été plus médiatisée, car elle est intervenue juste après le discours du chef de l'Etat sur l'insécurité, mais elle est la onzième depuis le début de l'année, la huitième depuis le mois de mai. A chaque fois, les expulsés des squats en créaient un nouveau, ou venaient s'installer précisément sur le terrain qui a été évacué vendredi. Un terrain qui leur avait été proposé, il y a deux ans déjà, par la municipalité socialiste de la ville, et critiqué par les associations pour son insalubrité. "Ce bidonville a été créé de toutes pièces par les expulsions successives", dénonce ainsi Georges Günther, un des membres de Solidarité Roms à Saint-Etienne. "Les pouvoirs publics ont eux même créé la situation qui leur sert de prétexte à l'expulsion", poursuit-il.

PLUSIEURS EXPULSIONS DANS LA JOURNEE DE SAMEDI 

"D'expulsion en expulsion, la situation s'aggrave", s'alarme Georges Günther, qui dit voir les Roms s'installer dans des conditions de plus en plus difficiles. "A chaque expulsion, on sape le travail d'intégration mené par les associations, par exemple dans la scolarisation des enfants", ajoute Marie-Pierre Vincent, une autre membre de l'association.

Mais cette fois, la préfecture entend empêcher toute réinstallation. Vendredi vers minuit, les Roms sont allés s'installer dans une clinique désaffectée dans le sud de Saint-Etienne. Elle a été évacuée samedi vers 15 heures : une évacuation possible sans décision de justice car opérée moins de 48 heures après l'installation. Peu après, la moitié d'entre-eux se sont retrouvés au bord d'un terrain de sport, à quelques centaines de mètres à peine de leur premier camp illégal. Là encore, la quarantaine d'occupants, dont une dizaine d'enfant, a été priée de plier bagage après quelques heures. D'autres groupes ont été pressés de quitter d'autres lieux inoccupés dans lesquels ils voulaient passé la nuit.

"Il faut trouver une solution d'hébergement, local ou terrain aménagé", réclame Georges Günther. Solidarité Roms estime que Saint-Etienne, ville d'environ 180 000 habitants, a les moyens d'accueillir décemment les 400 Roms qui s'y trouvent. D'autant plus qu'elle compte un grand nombre de logements et d'édifices publics vacants.

Samedi soir, une trentaine de Roms sont retournés, de dépit, dormir sur la place de l'hôtel de ville. Là même où ils avaient atterri après l'expulsion de vendredi. Il ne s'agit cependant que du tiers de ceux qui ont été chassés. Les autres "n'ont pas disparu", note Marie-Pierre Vincent, membre du réseau de Solidarité Roms. "Ils n'ont pas été renvoyés en Roumanie comme les déclarations et les titres le laissent penser", assure-t-elle. Ou alors les Roms n'ont pas été expulsés de Saint-Etienne, ils sont juste partis s'enfouir un peu plus profond dans les rues ou dans un des autres squats qui subsistent dans la ville.

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