Gens du voyage : la tentation de l'amalgame

Publié le par resistance-roms.over-blog.com

Edito du Monde

Gens du voyage : la tentation de l'amalgame

Dans la torpeur de l'été, rien ne vaut une petite séquence sécuritaire pour tenter de reprendre la main et de faire oublier les affaires. Nicolas Sarkozy repart en "guerre" contre la délinquance, domaine où sa politique, menée depuis 2002, frise l'échec. Entre 2004 et 2009, les atteintes aux personnes ont augmenté de 16,3 %. Cette fois, la cible du chef de l'Etat est nouvelle : "les comportements de certains parmi les Roms et les gens du voyage".

En matière d'insécurité, l'angélisme est de mauvais aloi. Les incidents qui se sont produits les 16 et 17 juillet à Saint-Aignan (Loir-et-Cher) - où des gens du voyage, à l'issue d'une course-poursuite impliquant deux d'entre eux et où l'un a été tué par un gendarme, ont pris d'assaut une gendarmerie - sont intolérables. Ils doivent être sévèrement punis. Mais il y a une justice pour réprimer les délinquants sans qu'il soit besoin de jeter l'opprobre sur une "communauté".

L'erreur de M. Sarkozy n'est pas de faire la "guerre" à la délinquance, alors que l'insécurité est en hausse, mais de pratiquer l'amalgame. Gardien de la cohésion nationale et sociale, le chef de l'Etat ne peut imputer aux gens du voyage la faute de l'un des leurs. Sur plus de 400 000 recensés en France, 95 % sont français et les deux tiers sont sédentarisés. Quant aux Roms - les hommes, en hindi -, qui forment une minorité, ce ne sont pas seulement des migrants venus d'Europe de l'Est, notamment de Roumanie et Bulgarie. Il s'agit d'une population hétérogène ballottée d'un pays à l'autre de l'Union européenne (UE). Leur intégration concerne au premier chef deux des Etats de l'Union, qui ne prennent pas leurs responsabilités, la Roumanie et la Bulgarie.

Avec un tel amalgame, l'exécutif ouvre la boîte à fantasmes et à préjugés. On voit réapparaître dans des populations qu'on apeure les images du "romanichel" voleur d'enfants ou des "bohémiens" réputés se livrer à des trafics de prostitution ou de mendicité. Brice Hortefeux, le ministre de l'intérieur, y a eu recours en évoquant, à l'issue de la réunion de crise à l'Elysée, mercredi 28 juillet, "la cylindrée de certains véhicules qui traînent des caravanes". Voilà une population qu'on se défend de "stigmatiser", mais qu'on marque du sceau du soupçon...

L'Elysée a choisi l'arme du tout-répression. Les Roms qui auront commis "des atteintes à l'ordre public" ou des fraudes feront l'objet d'une "reconduite quasi immédiate" en direction de la Roumanie ou de la Bulgarie.

D'ici trois mois, la moitié des 600 "camps ou squats" illégaux seront démantelés, ce qui, selon France Terre d'asile, est la poursuite d'une politique menée depuis 2002. Cela souligne l'échec de l'Etat et des collectivités locales dans l'application de la loi de 1990, qui oblige les villes de plus de 5 000 habitants à aménager des aires d'accueil pour les gens du voyage. Sur les 42 000 emplacements nécessaires, à peine la moitié est disponible. Il y a des communes qui refusent de scolariser leurs enfants. Si, comme dans chaque population, ils comptent des délinquants, nombre de gens du voyage sont toujours des citoyens de seconde zone.

 

http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/29/gens-du-voyage-la-tentation-de-l-amalgame_1393426_3232.html

Commenter cet article