Comment améliorer la vie des gens du voyage

Publié le par resistance-roms.over-blog.com

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  Comment améliorer la vie des gens du voyage

29.07.10 - 08:49

Selon Ahmed Ahkim, directeur du Centre de médiation des gens du voyage, les gens du voyage se voient trop souvent refuser l'autorisation de séjourner dans les communes wallones. Cela les incite à débarquer sans prévenir et à s'installer de force sur un terrain.

Un accord est intervenu mercredi à propos du séjour des gens du voyage sur un terrain situé dans la commune de Dour. Mais le problème de fond de l'accueil de ces personnes voyageant en Wallonie subsiste. Interrogé par Arnaud Ruyssen, Ahmed Ahkim, directeur du Centre de médiation des gens du voyage, rappelle tout d'abord que "le terme 'gens du voyage' est un terme administratif adopté en France il y a plusieurs dizaines d'années pour remplacer un autre terme qui a été très négativement connoté, notamment  suite au génocide pendant la deuxième guerre mondiale, le terme 'nomades' ou 'les populations nomades'. Le terme 'gens du voyage' est le terme le plus largement accepté par les populations d'Europe occidentale qui voyagent, qui vivent en caravane et qui revendiquent le mode de vie en caravane. Le terme 'Roms' désigne tout d'abord certaines communautés, certains groupes et essentiellement depuis plusieurs années des populations vivant ou en provenance des Balkans, de l'ex-Yougoslavie jusqu'à la Roumanie et même plus loin. Mais là où cela se complique c'est que, surtout depuis les années 1990, les institutions internationales et singulièrement le Conseil de l'Europe et l'union européenne désignent par le terme 'Roms' tant les gens du voyage qui vivent en caravane et qui voyagent d'Europe occidentale que les populations roms (qui se reconnaissent dans ce terme 'rom') qui ne vivent pas en voyageant et surtout qui ne revendiquent pas ce mode de vie".

20 000 en Belgique

Selon Ahmed Ahkim, on estime "approximativement à une vingtaine de milliers de personnes les gens du voyage vivant en Belgique, donc des résidents belges. A cela il faut ajouter plusieurs milliers de personnes qui résident parfois régulièrement en Belgique, en provenance des pays limitrophes tels que la France, l'Allemagne, la Hollande, parfois même d'Irlande ou de Grande-Bretagne. Elles ne se rassemblent pas toutes en un même point ; d'ailleurs c'est exceptionnel des grands groupes en Belgique. Nous expliquons aussi ce phénomène par la difficulté pour les familles du voyage de trouver des lieux en bonne concertation avec les autorités : lorsqu'il y a un groupe qui s'arrête et qui séjourne quelque part, c'est plus facile pour ces familles qui sont rejetées de toutes parts de se retrouver dans des grands rassemblements. De manière exceptionnelle, il y a des rassemblements tels que celui de Dour, c'est ce qu'on appelle des 'missions'. Cela peut aller jusqu'à plusieurs centaines de caravanes".

Autorisation souvent refusée

Ahmed Ahkim poursuit : "Depuis plusieurs années, le Centre de médiation des gens du voyage, créé à l'initiative de la région wallonne, propose et incite vraiment les communes à prévoir le séjour des gens du voyage et à entrer dans une optique plutôt de concertation. Et nous l'avons tenté dans plusieurs communes. Et dans ces communes-là, beaucoup de groupes préviennent de leur arrivée, parfois même plusieurs semaines à l'avance. Et dans ces cas-là, les autorités communales peuvent prévoir un lieu et les modalités pratiques. Et dans la grande majorité des cas, cela se passe mieux. Mais il faut bien constater que, dans la grande majorité des cas, lorsque les gens du voyage demandent au préalable l'autorisation pour pouvoir séjourner sur le territoire communal, cette autorisation leur est refusée". C'est ce qui les pousse à arriver sans prévenir.

Elargir les expériences positives

Les bourgmestres des communes expliquent parfois le refus d'autorisation de séjour par l'image négative que colportent les gens du voyage dans la population et par de mauvaises expériences dans le passé. Ahmed Ahkim constate "qu'il y a des individus qui peuvent avoir des comportements qui sont inacceptables. Ces individus-là, que ce soient des gens du voyage ou appartenant à n'importe quelle autre communauté ou n'importe quelle autre population, doivent être sanctionnés pour leur comportement. Mais il n'y a pas lieu d'assimiler les comportements de ces individus-là aux familles et aux groupes auxquels ils appartiennent et encore moins à la communauté. Ca c'est une première chose. La deuxième chose : la réputation dont on parle et les images négatives dont on parle, pour moi elle est essentiellement ancrée dans la réalité et la réalité actuelle, c'est que la présence et le séjour des gens du voyage n'est pas géré. Et partir du moment où un groupe humain qui séjourne quelque part, n'est pas géré en concertation avec les autorités, cela pose problème d'office. Ce que je demanderais aux autorités c'est d'élargir des expériences positives. Il y a des communes qui organisent le séjour des gens du voyage et dans ces communes-là, cela se passe majoritairement très bien. Elles peuvent témoigner de cela. La demande ici, c'est vraiment d'élargir ces expériences-là à l'ensemble des communes de la Région".

 

A.L. avec A. Ruyssen

Crédit photo : RTBF - Ahmed Ahkim, directeur du Centre de médiation des gens du voyage

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